Interview Claude Roubichou

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Certains sont poussés par les rêves de leurs parents, d’autres composent leurs premières œuvres naturellement à l’age de 5 ans, d’autres au contraire se révèlent bien plus tard et vous ? Comment êtes vous tombé dans la musique ?

C.R: On peut dire que je suis tombé dans la musique par tradition familiale, mon père était musicien amateur, mon grand père l’était aussi et sûrement mon arrière grand père. Disons qu’il y avait une habitude familiale musicale.
En fait, pour occuper la journée du jeudi, autrefois banalisé, mes deux frères et moi étions inscrits dans une école de musique. Puis le goût arrive, les copains, le foot, le tennis, et c’est finalement dans la musique que les choses se passent le mieux.

 

Vous avez reçu une formation initiale de flûtiste. Comment est né en vous le désir de devenir chef d’orchestre ?

C.R : Ca vient à la fois très tôt dans mon enfance et très tard dans ma carrière musicale. Enfant, il y a avait le disque du nouvel an à maison, j’aimais prendre un bâton pour diriger l’orchestre de Vienne. Il y avait aucune intention future derrière, c’était juste un jeu.
Puis plus tard, à 40 ans passé, Stephane Cardon qui était chef d’orchestre associé à Michel Plasson à l’Orchestre du Capitole est venu me voir pour me dire qu’une classe de direction d’orchestre s’ouvrait sous sa responsabilité dans les alentours de Toulouse et qu’il pensait que ça pouvait m’intéresser. C’était une époque de ma vie où j’avais du temps libre, j’ai donc repris mon cartable d’étudiant et je suis retourné au conservatoire.

 

Quels étaient vos motivations quand vous avez décidé de monter l’OMT ?

C.R : Il faut remonter dans mon enfance, je viens d’un milieu musical associatif et villageois, et quand j’ai eu le privilège d’être musicien à l’orchestre du capitole je me suis vite rendu compte que l’orchestre du capitole était une merveilleuse machine mais qu’elle ne pouvait pas assumer une politique musicale et régionale extrêmement importante. L’orchestre va en région pour une dizaine de concerts par an, ce qui est peu, et je sais que beaucoup d’endroits voudraient avoir de la musique.
C’est là que je me suis dit que si un petit orchestre existait avec des jeunes musiciens, ça serait certainement facile d’aller à droite à gauche, ou dans des lieux qui ne sont pas construits pour la musique, qui ne sont pas institutionnels, comme des églises, des salles des fêtes ect. afin de porter le message musical au plus grand nombre.
L’idée de créer l’orchestre c’était celle là, mais c’était aussi celle de pouvoir donner à de jeunes musiciens un cadre collectif dans lequel ils pourraient s’exprimer et dans lequel ils pourraient parfaire leur formation ; parce que quand on est musicien, on fait des études dans un conservatoire puis on passe des concours d’orchestre pour pouvoir devenir musicien d’orchestre. Il n’y a pas beaucoup de formations permettant de faire une transition entre les deux, et permettant également de valider chez certains le fait que effectivement ils veulent faire de l’orchestre. L’Orchestre Mozart Toulouse permettait de réunir tous ces enjeux.

 

On sait que vous avez occupé un poste de flutiste à l’orchestre de Saint Sebastien ; Dans quel mesure les voyages et les rencontres ont enrichi le musicien que vous êtes aujourd’hui ? Et qu’est ce qui vous a poussé à revenir sur Toulouse ?

C.R : Quand on est dans une pratique artistique on ne peut pas être tout seul, on est en permanence nourri des influences extérieurs, du talent des personnes que l’on rencontre. C’est une chance que de pouvoir partager les expériences avec des personnes différentes, et de s’enrichir de leur talents, de leurs réussites.. c’est comme une famille dans laquelle il y aurait que trois personnes et une autre famille dans laquelle on se retrouverait tout le temps à 20 autour d’une table, forcement on est plus riche, on rigole d’avantage, et on est plus heureux.
Je suis effectivement parti au Pays Basque occuper un poste de flûtiste solo. Ca a été une expérience très enrichissante pour moi mais ce qui m’a manqué c’est la qualité de vie musicale à Toulouse, le projet de l’orchestre de l’ONCT qui était énorme, et qui se révèle aujourd’hui un des plus gros ensembles français et internationaux avec une politique de tournées, de disques, et de concerts importants. C’est toujours pareil, l’activité amène l’activité, la reconnaissance amène la reconnaissance et c’est vrai que le fait de jouer avec un grand chef, fait qu’après on joue avec d’autres grands chefs, d’autres grands solistes etc.
Les premières tournées que j’ai faites, on traversait l’Allemagne en bus, ça durait cinq semaines on dormait là ou notre budget nous le permettait alors qu’aujourd’hui on ne fait plus que les grandes villes et on dort dans de somptueux hôtels.

Le projet musical toulousain était bien meilleur qu’a Saint Sebastien, j’avais en fait envie d’une vie professionnelle plus riche plutôt que d’un beau cadre de vie sous le soleil du pays basque.

 

Pouvez vous nous raconter votre ou vos meilleur(s) souvenir(s) de concert ?

C.R : Il y en a plusieurs, déjà le tout premier concert avec l’ONCT, parce que pour moi devenir musicien à l’orchestre du capitole c’était quelque chose qui m’avait toujours paru irréel.
C’était à Montreux, j’était un peu terrorisé, il y avait des choses difficiles à jouer pour moi mais c’était incroyable de se retrouver là, ça a était un des concerts les plus importants pour moi.
Ensuite il y a eu le premier concert qu’on a fait avec l’Orchestre Mozart à la halle aux grains pour l’association AIDA, le fait de me retrouver sur le plateau de la Halle aux Grains avec cette orchestre que j’ai contribué à créer, ça a été un moment très très fort, vraiment. L’accueil du public, voir que ça fonctionnait en situation… c’est encore très présent.
Dernière chose, un concert aux Etats Unis au Carnegie Halle qui est une salle mythique à New York, je me souviens avoir entre-ouvert la porte, regardé la salle, refermé, soufflé, attendre quelques secondes histoire de réaliser que oui en effet j’y étais pour de vrai, et entrer. Ca a été une sorte de communion avec le lieu.

 

On imagine qu’il doit aussi avoir des moments peu moins bon ?

C.R : Des moments moins bon oui bien sûr il y en a, des moments plus compliqués musicalement, artistiquement où les conditions ne sont pas optimales, où on a l’impression que soi même ou bien l’orchestre ne peut pas donner le meilleur de lui même. Je fait souvent des parallèles avec le sport, c’est comme a la fin d’un match où on a perdu et on se dit a la fin « mais pourquoi on a perdu ? qu’est ce qu’il s’est passé ? »
Il y a aussi d’autres moments un peu particuliers, difficiles, des parents qui s’en vont, un concert un peu plus lourd, un requiem, il y a des moments d’émotions difficiles qui sont à la fois beaux, magnifiques et à la fois très lourds.

 

Enfin pour finir, nous sommes curieux de savoir si avec un emploi du temps aussi chargé que le votre il vous arrive de faire autre chose que de la musique ?
C.R : Je fais beaucoup de sport, j’adore me retrouver un peu seul, isolé. J’aime beaucoup la montagne, les promenades, la pratique sportive un petit peu égoïste. J’aime aller aux champignons, j’aime me promener dans les bois. J’aime les moments ou je peux me retrouver un peu sans activité cérébrale dans une dynamique corporelle assez aisée, dans une sorte de symbiose avec le monde qui nous entoure.
J’ai passé pas mal d’années tout seul, je me suis donc construit aussi de cette façon.
Entre tout ça, mon métier de flûtiste et l’orchestre Mozart, il est difficile de trouver du temps pour m’ennuyer.

 

 P.m 

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